"VIAGHJU ANTISANTINCU"
 
 
Scrittura :  Michele RISTORI
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                                         Antisanti,paèse di muntagna.

 
 

Mon journal    .
 

ESTATE 2009.
Montagnes  Corses  -  Départ Chamonix –
ASCENSION DU  MONT BLANC  Vendredi  28 Août  2009.

 
 
 

 

Montagnes Corses. Eté 2009. Juillet et Août.

 
Cet été je dois me préparer physiquement pour l’ascension du Mont Blanc prévue fin Août. 
Je prévois donc un certain  nombre de sorties en montagne, avec des courses sur la journée. Peu m’importe vraiment les sommets, l’essentiel c’est la durée, le dénivelé positif ou négatif, l’endurance. Nos montagnes corses  sont rudes, pas faciles. C’est ce qu’il me faut. J’ai aussi dans l’idée de partir parfois au lever du jour,  pour m’habituer à marcher avec la lampe frontale. J’espère pouvoir atteindre ces objectifs. Il faut que je mette toutes les chances de mon côté.
 
U Renosu (2352m).
 

 

Mi Juillet, départ d’Antisanti 6 heures. Vers 7heures 30, arrivée aux  bergeries de Capanelle.
Au bout d’une heure j’atteins la source de Pizzola sur un petit plateau herbeux. Une petite pause, puis je m’élève ensuite sur ma droite pour rejoindre les crêtes (2000 m)  que je longe pour me  diriger vers le sommet.
      On découvre, en contre bas- bien protégé par sa grande moraine - le lac de Bastiani (2090 m).         La plupart des cheminées qui descendent vers le lac sont recouvertes de névés.  L’hiver, le printemps ont vu tomber beaucoup  de neige. Je marche sans problèmes sur une des bases supérieures d’un névé, un rectangle horizontal large et long.
       J’arrive au sommet du Renosu (2352 m) vers dix heures. Une grande croix métallique plantée en son point culminant. Pas de randonneurs présents sur ces grands blocs de pierre qui forment le sommet. Je découvre la plaine orientale et Antisanti- mon village- sous les nuages, alors qu’ici le ciel est si bleu, sans nuages.
            Retour vers les bergeries de Capanelle. Un bonjour à mon ami Paul Maurizi. Il a un gîte restaurant « U Fucone » à la station de ski. Il m’offre un café. Il est satisfait de sa saison, ici au pied du Renosu.  Beaucoup de randonneurs étaient présents durant les mois d’Avril et de Mai, la neige  recouvrait encore   les sommets.

 
A Punte dell’Oriente.
 

 

          Départ d’Antisanti à 5 heures du matin ; il fait encore nuit noire sur le village.
 J’arrive au col de Vizzavona (1100m) à 6 heures. Je me dirige vers le relais de télévision, début de ma course en montagne.
          Je grimpe dans une forêt de hêtres jusqu’aux  bergeries des Pozzi (1400m). Je remplis ma gourde à la source, près du chemin .Je me dirige à présent sur  ma gauche et monte en lacets pour rejoindre un col d’où l’on a une belle vue sur le Monte d’Oru et Bocognanu. Je grignote et bois un peu d’eau fraîche. Quel beau ciel bleu, limpide et il règne déjà une bonne température.
Un chemin mène à la « Madunuccia ». C’est un grand rocher granitique, bien rond et qui ressemble étrangement au corps d’une femme enceinte .On grimpe ensuite tout droit sur les crêtes jusqu’au pied de l’Oriente. La dernière approche se fait sur un terrain pas facile, une pente forte. Je n’irai pas au sommet, question de sécurité, je suis seul.
          Je descends vers la Madunuccia où je pique-nique (11h30). Toujours une balade ensoleillée. Un petit vent a rendu le retour  moins fatigant. Vers quinze heures je suis de nouveau au col de Vizzavona.

               
Le Monte d’Oru.
 

 

                                  Fin Juillet ; cinq heures du matin, départ du village avec mon frère Jean-Baptiste                  Arrivée à 6 heures au col de Vizzavona. On se dirige vers les ruines d’un château au dessus du col, puis on bascule, en descendant au milieu d’une forêt de hêtres, pour rejoindre le torrent « l’Agnone » et le GR 20. Nous nous trouvons dans  un endroit qu’on appelle la « cascade des Anglais » (série de belles chutes, de toboggans et de vasques)
           Le début de la randonnée n’est pas trop dur, mais progressivement la pente s’accentue. Aucune difficulté pour trouver notre route, on suit le tracé du GR 20 qui se dirige vers le refuge de l’Onda.
Vers 2000m nous devons quitter le chemin de la haute route, le GR20, pour emprunter un sentier nous menant au dessus du lac d’Oru puis au sommet du Monte d’Oru. Je sais qu’un fléchage ( blanc ou jaune ?) nous indiquera l’endroit où on doit birfuquer; nous ne le verrons pas et on continuera à grimper jusqu'à 2100m (Punta Muratellu). Nous comprenons que nous nous sommes éloignés de notre route. Nous revenons sur nos pas et retrouvons le croisement ou l’on doit quitter le GR 20. Plus haut on découvre le grand lac d’Oru. Malgré la saison avancée, nous sommes à la fin juillet,  il y a encore quelques  névés présents sur les pentes menant au lac. On se dirige vers le sommet en suivant la crête. Je suis un peu fatigué. Nous n’irons pas jusqu’au bout, c'est-à-dire jusqu’au point culminant (2384 m). Je ne trouve pas le dernier passage. Il est onze heures et déjà cinq heures de marche. Nous décidons de ne pas insister, d’autant plus que je ne peux pas demander de renseignements à des randonneurs ayant fait le sommet.
               Nous pique-niquerons plus bas, à l’ombre d’un grand rocher.
Mon frère ne semble pas fatigué par tous ces efforts physiques.  Retour très tôt au col de Vizzavona.  On prend une boisson fraîche à l’hôtel restaurant « le Monte d’Oru ».

 
Le refuge de Petra Piana (1840m).
 

 

Je pars seul du village, fin Juillet, vers 5 heures du matin. Direction « u paese di Canaglia » (720 m), hameau de la commune de Tattone.
            J’atteins le village vers 6 heures. Direction les bergeries de Tolla. Il faut environ une heure  trente  de montée sur un sentier, le long du torrent du Manganellu, pour arriver  aux bergeries. Après une heure de marche, je passe sur le pont en ciment, au pied de la cascade de Meli, où fleurissent des bouquets de fleurs jaunes, le beau doronic corse. Plus loin,  je quitte le GR menant à  l’Onda. Une passerelle au-dessus du Manganellu permet de passer sur l’autre rive .En dessous, de belles vasques d’eau claire, le bruit familier  du torrent ; il n’y a personne. C’est trop tôt.
Arrivée à Tolla (1000 m), je fais  une pause au pied du vieux pin, centenaire sûrement, où se trouve une source ; juste un petit filet d’eau qui coule, un peu fraîche. Je remplis mes gourdes.
         Je continue sur le GR, toujours le long du torrent. Deux montées rudes m’attendent. La première  s’élève en lacets serrés et courts, un escalier à gravir lentement ; c’est dur. Combien d’hommes, de bêtes sont passés par là ! Je traverse  les bergeries de Gialgu (1600m). Une maisonnette a été reconstruite, apparemment habitable, mais il n’y a personne.
Un dernier effort rude pour atteindre le refuge. J’arrive là -haut à 10 heures. Le refuge se trouve à 1840 m d’altitude. 1100  m de dénivelé effectué en 4 heures, c’est pas mal.
         Le drapeau à tête de Maure flotte au-dessus du refuge  en pierre du gardien. Cela faisait longtemps que je n’étais plus venu ici. Plein de souvenirs dans ma tête. Le même dortoir, un bâtiment avec un toit vert descendant vers le sol. Il y a quelques  changements par rapport à mon dernier passage à Petra Piana. Une maisonnette a été construite pour les sanitaires, les douches.
De plus une fontaine en pierre s’y trouve, a funtana di Petra Piana. Malheureusement je constate que l’eau n’est pas très fraîche et peu abondante. J’appelle le village (c’est Paulette qui répond d’Antisanti),  pour les informer que je me trouve au refuge. Je devine  au loin les bergeries de Muraccioli. Je pense à un vieil ami, Pasquinu Salvadori,  aujourd’hui disparu.
Des randonneurs quittent le refuge pour faire l’ascension du Monte Ritondu.
       Je redescends vers le Stazzu de Gialgu pour y pique-niquer. Ce stazzu n’est pas complètement en ruines, on y trouve de nombreux « casgiles » circulaires, recouverts de  terre. Je casse la croûte à l’ombre d’un gros rocher, au bord de la source, au milieu des casgiles. L’eau qui coule ici  est  très fraîche ; j’aime beaucoup ces endroits  comme celui-ci où personne ne s’arrête, encore peu connus des randonneurs.
       Retour vers Tolla. Un arrêt pour y boire un café. Jean, le berger de Noceta, n’est pas monté cette année, fatigué semble-t-il ; il y a sa femme. Je lui parle de leurs amis Alsaciens que nous avons connu cette année lors d’un séjour en Alsace.
Je redescends sur Canaglia.  J’ai eu une journée superbe.  Retour en voiture sur Antisanti.

                                                                               
Deuxième balade au Monte Renosu.
 

 

                                                                                       Départ début Août d’Antisanti  à 6h30.
 Je récupère mon beau-frère José  à Pedi Pughjulu, en bas du village. On se dirige vers Casevecchie pour retrouver Antoine Gualandi qui fera la balade avec nous. Direction les bergeries de Capanelle, au-dessus de Ghisoni. On arrive vers huit heures. Le temps est encore beau ce matin. Nous avons un bel été.
        Montée vers le lac, avec un petit arrêt à la source. Lorsque nous atteignons le lac de Bastiani, on part ensuite vers le déversoir, on rejoint une crête au-dessus du lac de Nielucciu.
On suit la crête sur notre gauche pour grimper ensuite sur un grand rocher surplombant le lac. La plaque de Yorrick est toujours là - un ami montagnard disparu et qui  était très attaché au Renosu - le temps ne semble pas vouloir l’abîmer.
Nous revenons ensuite sur nos pas. On discute sur la suite de la journée. On décide  de rejoindre l’endroit où s’est écrasé un avion faisant le trajet Ajaccio-Bastia en 1962. Nous nous dirigeons en dessous du sommet du Renosu, dont on aperçoit la croix au-dessus de nous. Un chemin difficile, non tracé, escarpé. Personne ne passe par là, les fleurs y sont très belles.
Nous arrivons au pied du cirque où a eu lieu l’accident, par des chemins différents. Des débris nombreux de l’avion subsistent toujours. Une petite croix en fer indique la date tragique, 1962. Il est près de midi.
Nous redescendons dans le cirque, plus bas. On découvre, isolé dans un espace non boisé, un pneu  de l’avion, très lourd et intact. Pourquoi se trouve-t-il si loin du point d’impact de l’avion sur la montagne ?
Antoine me fera remarquer la présence d’un gypaète barbu, très haut dans le ciel ;  il y a beaucoup de luminosité et on a du mal à bien le voir, dommage.
Nous mangerons sur une belle pelouse verte, près d’une source  où l’eau coule très fraîche. Qu’il est agréable de boire  un bon pastis dans cet endroit ; pas besoin de glaçons, cette eau est si froide ! Antoine a amené aussi une bouteille de vin. Un bon repas sous le soleil. Je me suis déchaussé pour tremper mes pieds dans cette eau glacée.
Nous allons maintenant rejoindre un col plus bas (Valle Longhe). Pour cela il faudra passer par une cheminée à la pente très forte, très accidentée.
Arrivés au col (2014 m), deux choix  s’offrent à nous, soit on descend par la voie normale en suivant à peu près le ruisseau d’Orlandinu, au pied de la crête de Ventosa, qui nous amène aux bergeries de Traghette (1500 m), sur le
GR 20,   ou bien on suit la ligne de niveau sur notre gauche- aucun chemin tracé- pour rejoindre dans un premier temps  le lac de Niellucciu (1919 m),  puis de là se déplacer jusqu’à la source de Pizzola. C’est ce chemin qui sera le nôtre.
C’était un long trajet qui nous attendait. Arrivés au lac, il a fallu escalader la barre rocheuse et pour cela trouver le seul passage accessible sans prendre trop de risques. On doit grimper sur  un escalier, de deux ou trois marches, qui permet de franchir les premiers mètres de la barre, puis partir vers la droite sur  un petit chemin exposé. Pas facile pour moi, José est là pour me donner un coup de main. On est maintenant au-dessus du lac, on continue plus ou moins à l’horizontale pour  se diriger vers la source de Pizzola. Sur notre chemin on découvre un arbuste de myrtilles sauvages, un fruit brouté  par les bovins, on n’y touchera pas.
On arrive à la hauteur de la source de Pizzola, puis on reprend le chemin normal   pour rejoindre notre point de départ.
Retour sur Antisanti, avec un court arrêt à Ghisoni pour se désaltérer.

 
 
U Monte Ritondu (2622m).
 

 

Début Août toujours, on quitte Antisanti à 5 heures du matin avec mon frère Jean-Baptiste.
Direction le pont de Timozzu dans la vallée de la Restonica (1000 m).
A 6 heures, la voiture garée, on emprunte la piste qui part de la route ; le point de départ est bien signalé  (lac Oriente  3h).
Durant trois  ou quatre  kilomètres on avance sur un chemin carrossable ; puis  le sentier se rétrécit et  nous progressons maintenant en lacets un bon moment, au milieu d’une forêt de larici.
Un premier vallon franchi, on se dirige vers les bergeries de Timozzu (1500m). Le lieu est occupé jusqu’en septembre par un berger. On peut y acheter du fromage. On ne s’arrêtera pas. On s’éloigne des bergeries en grimpant sur notre droite pour atteindre bientôt un replat.
On monte alors plus ou moins tout droit vers le lac d’Oriente. Des passages parfois pentus, des aulnes souvent, des sorbiers. On se déplacera sur notre gauche pour se rapprocher du lac, des cascades indiquent que nous sommes près. Le chemin est bien cairné.
Nous atteignons le lac à 8h45, à 2061 m d’altitude. En le découvrant je pense au   lac de Ninu dans le Niolu, un des plus beaux lacs de corse. Comme lui il a une forme arrondie, mais il est beaucoup moins étendu. De  nombreux  « pozzines » se trouvent sur la partie gauche du lac. Aucune présence humaine On en profite pour manger un peu, se rafraîchir.
 
Le sommet du Ritondu est au-dessus de nous. Deux heures d’ascension seront nécessaires. Nous quittons le lac sur sa droite pour repérer les cairns indiquant le chemin à suivre. Nous avancerons  souvent sur notre gauche (trois barres à franchir)  pour atteindre successivement trois étages, au milieu de gros blocs de pierre. Nous atteignons le pied du sommet. On découvre un grand névé, avec peu de dénivelé, c’est une chance. Nous pouvons le franchir sans trop de problèmes, en nous dirigeant vers notre droite.
Il nous reste  à gravir, sur la droite du sommet,  une cheminée  verticale. L’essentiel est de bien suivre les cairns dès le départ. C’est un peu dur, des arrêts sont nécessaires pour reprendre son souffle.
Sous un bloc de pierre, dans un endroit encore bien frais, fleurissent les belles violettes du Monte Ritondu, toutes petites.
Un dernier effort, nous sommes en haut de la cheminée. Il est 11 heures.
On découvre en bas, dans le cirque, le lac de Bellebone (ou lac du Ritondu).
Reste à franchir un dernier obstacle pour rejoindre le sommet au-dessus de nos têtes.
Mon frère, après avoir vaincu sans trop de difficultés ce  dernier obstacle, a rejoint le chemin cairné qui monte du lac et   qui mène au sommet  (une dizaine de minutes de marche au maximum). Je ne me sens pas de passer par là, un peu de vertige, j’indique le chemin à Jean Baptiste. Il veut atteindre le point culminant, c’est normal. Moi je l’ai déjà fait. Après quelques  minutes d’attente, il m’appelle pour m’indiquer qu’il est arrivé. Je l’entends, mais je ne le vois pas.
Et puis j’attends son retour. Une famille arrive du lac de Bellebonne. Eux aussi atteignent rapidement le sommet.
Les minutes s’écoulent, toujours pas de Jean-Baptiste. Le temps me semble tout d’un coup très long. Je l’appelle, aucune réponse. Je commence à m’inquiéter pour de bon. Il fait très chaud, la fin de matinée est belle.  Après une demi-heure, ne le voyant pas arriver, je décide de rejoindre le sommet, je franchis l’obstacle, que j’appréhendais tout à l’heure,  en grimpant sur  un gros rocher plat  oblique, cairné. Je rejoins le tracé, je passe devant la cabane  et je me retrouve de l’autre côté, à quelques mètres du sommet.
Manifestement mon frère n’est plus là. Les personnes présentes me disent qu’il est descendu vers une direction qu’ils m’indiquent. Effectivement j’aperçois mon frère très en contre-bas sur une crête au-dessus du  cirque qui domine le lac d’Oriente, debout sur un grand bloc rocheux. Je demande aux personnes de ne pas quitter les lieux tant que mon frère n’est pas remonté. J’ai à faire à des gens responsables, connaissant les dangers de la montagne, ils resteront dans le coin.
J’appelle Jean Baptiste, il a du mal à comprendre qu’il faut qu’il me rejoigne, il est très loin. Enfin je le vois  bouger, il se dirige vers nous.
Il me retrouve au bout d’une demi-heure de marche, parfois insivible au milieu  des gros rochers. Il s’était trompé de chemin. Une erreur de ma part, il ne faut  jamais laisser quelqu’un partir seul. Je le savais pourtant, une règle élémentaire.
Nous rejoignons le haut de la cheminée.
Nous redescendons vers le lac. Une descente dans cette cheminée n’est jamais très facile, il faut faire attention.
On rejoint le lac. On casse la croûte près d’un petit ruisseau, au pied d’un gros bloc de granit.
On redescend sur un bon rythme. On évitera les bergeries de Timozzu.
On atteint la route dans la vallée de la Restonica vers 16 heures.
On repart sur Antisanti.

 
I Pozzi d’u Renosu. (1800m).
                                                                              Il est 6h30. Nous quittons le village. Il fait jour, une belle journée  nous attend là haut aux Pozzi. Catherine est avec moi.
Nous partons pour une randonnée pas trop dure.  Nous rejoignons, au col de Verde, Angélina et Dumè.  Il est huit heures quand nous quittons le parking, direction les Bergeries de Capanelle (station de ski de Ghisoni).
On avance en forêt, nous passerons au pied de pins splendides, majestueux, aux  troncs imposants. Quel âge ont-ils ?  Nous rejoignons au bout d’une heure trente le plateau de Gialgone. Une pause pour boire, manger  et apprécier surtout l’endroit. De vieux hêtres tourmentés par le vent occupent une bonne partie du plateau. Tout le monde semble en forme et heureux d’être là..
On quitte le GR pour grimper sur notre gauche et se diriger à présent vers les pozzi. Une bonne demi heure de marche sera nécessaire. Quelques hêtres sont encore présents le long du chemin, mais il y a très peu de végétation. Il fait déjà bien chaud.
Les bergeries sont au pied des Pozzi.  On s’arrête pour remplir nos gourdes. Le berger, Jean François de Bastelica, que je connais bien,  n’est pas là.
Nous arrivons rapidement sur le premier plateau verdoyant. Angélina et Dumè sont enchantés par la beauté des lieux. Catherine et moi y sommes venus plusieurs fois. J’y passe régulièrement tous les étés. Je suis très attaché à cet endroit. Tellement facile d’accès pour des balades en famille, entre amis. Nous sommes toujours contents de retrouver cette ancienne vallée glaciaire. Ici se trouve une multitude de  pozzines, de  ruisseaux. On avance sans se presser,  parfois nos  chaussures s’enfoncent dans  ce sol spongieux. Des petites truites  filent rapidement dans l’eau lorsqu’on s’approche trop près d’elles. Et encore la présence de chevaux qui broutent cette herbe  bien verte pour la saison. Nous nous trouvons à 1800m d’altitude.
On rejoint le deuxième plateau. Plus loin on entend  le bruit caractéristique d’une cascade. C’est vers cet endroit qu’on se dirige pour pique niquer. Une bonne heure  de repos  assis près de la vasque.
Il y a maintenant quelques nuages dans le ciel, mais ils resteront inoffensifs tout au long de l’après midi.
On repart en empruntant le même chemin que l’aller.
On arrive au col de Verde (1100 m)  vers 16 heures. Le col est une étape du GR 20. On y rencontre beaucoup de randonneurs qui se reposent après une dure journée de marche. Nous prendrons une boisson à l’auberge.
On quitte Verde pour  Antisanti.
 
Vers L’Alcudine (l’Incudine). (2100m).
 

 

Mercredi  après-midi - le 19 Août - départ en famille (Catherine, Pauline et moi)  vers le  Col de Bavella. Nous passerons la nuit au refuge « les Aiguilles de Bavella ». Le temps est très chaud. Toujours autant de monde à Bavella, lieu très touristique, beaucoup apprécié par les amoureux d’escalade. Le soir nous prenons notre repas  au restaurant des Aiguilles. Pas fameux.
Le  jeudi 20, je me lève à cinq heures du matin. Je ne suis pas arrivé à trouver mon sommeil. Catherine  s’est levée pour me souhaiter une bonne balade. Elle aussi n’a pas fermée les yeux de la nuit. Elle profitera  de la beauté du lever de soleil.
 La veille, on m’avait préparé mon petit déjeuner. Je déjeune à la lumière de ma torche électrique.
 Vers 5h30, je quitte le refuge et je me dirige vers la statue de la vierge, illuminée. Le temps est calme. Il fait encore nuit. J’attends un petit peu  avant de m’engager sur le GR, direction le refuge d’Asinau.
                                                                              Il est 6 heures, éclairé par ma frontale, je quitte le col de Bavella (1200 m). Le chemin descend très rapidement. Je passe devant le panneau indiquant le départ de la variante alpine ; je resterai pour ma part sur le GR. Le GR 20 s’enfonce dans un profond ravin pour contourner sur sa gauche la barre rocheuse; la route  n’est pas facile, beaucoup de blocs de pierre  à escalader. J’entends le bruit  d’un animal qui s’échappe, sûrement un sanglier.
                                                                              Vers 6h30 il fait jour, j’éteins ma lampe. On distingue  en face la route qui descend sur Zonza. Les grandes pyramides de Bavella sont là, imposantes, au-dessus de moi. Des tafoni sont nombreux, incrustés  dans le granit porphyre des blocs rocheux.
  Je vais bientôt marcher sur un chemin facile au milieu d’un  maquis  de bruyères et d’arbousiers.
 Puis on rentre dans un grand vallon que je vais remonter  durant un bon moment. La végétation change maintenant, j’avance à travers une forêt de pins hauts et rectilignes. La route, parfois presque horizontale, s’élève à intervalles réguliers. On reste toujours autour d’une altitude de 1200m. Pas beaucoup de dénivelé.
Je découvre maintenant, en face, un grand vallon au pied de l’Alcudine
Quel bel endroit, peu de végétation, un beau vert clair,  quelques pins, mais des blocs rocheux nombreux  comme posés par l’homme, c’est assez grandiose, le décor ne laisse pas indifférent. Le chemin redescend jusqu’au torrent de l’Asinau. Il est déjà 9 heures du matin. Je trouve le chemin un peu long.
Il fait très chaud lorsque je m’engage sur cette montée qui m’amènera au refuge d’Asinau. C’est très éprouvant physiquement car il n’y a plus  de végétation et surtout beaucoup de chaleur. Il faut que je me protège du soleil. Je découvre le refuge au dernier moment. Il se trouve à   1500 m d’altitude. C’est une maisonnette de couleur claire, virant un peu sur un rose pâle. Le gardien est là, entrain de faire le ménage. Il est  9h40. Je prends de l’eau. Au moins elle est bien fraîche ici, à la différence de Petra Piana.
Au-dessous du refuge, 200 ou 300 m plus bas, se trouvent les bergeries d’Asinau, quelques habitations semblent occupées.  
Je n’aurai pas le temps de faire l’ascension de l’Incudine.  Son sommet est bien visible du refuge qui se trouve au pied de cette montagne. Il faudrait deux heures pour l’ascension. Je n’aurai pas le temps.
Mais je décide de  grimper  une demi-heure en me dirigeant vers  le sommet. C’est un véritable escalier qu’il faudrait escalader. Je sais qu’un jour je reviendrai pour aller jusqu’à l’enclume, tout en haut.
Je redescends, je dépasse le refuge et je rejoins le torrent en bas où je mangerai. 
Vers midi je repars vers le col de Bavella. La chaleur est vraiment forte, étouffante dans le maquis. La fatigue se fait sentir. Heureusement il y a deux sources d’eau fraîche sur le trajet. Je bois beaucoup. La  dernière partie, la remontée vers le col sous la chaleur, devient très fatigante.
                                                                              J’arrive au col à 15h30. Je m’étends sous un grand pin, à l’ombre pour récupérer. C’était dur à cause de la chaleur.
Je retrouve Catherine et Pauline  vers 16 h au refuge des « Aiguilles ».
Elles aussi sont contentes de leur journée. Pauline a fait du canoyning  sur la Solenzara, pendant 1h 30, le matin vers 11h ; puis l’après-midi elles se sont baignées.
Nous  quittons Bavella  à 17 heures pour rejoindre le village.

 
 
 
 

 

Départ   Pour    Chamonix.

 
 
Samedi  22 Août,
je quitte Antisanti à 18 heures. Je pars heureux, car je vais peut-être réaliser un objectif si important pour moi et que je me suis fixé depuis des années : atteindre le sommet du toit de l’Europe, le Mont blanc. Un vieux rêve qui deviendrait réalité. En même temps il est toujours difficile de quitter les siens- Catherine et Pauline en particulier - en plein été.
Arrivée à 20h à Ajaccio. Le Napoléon Bonaparte m’amènera jusqu’à Marseille. La mer est calme, mais j’ai toujours du mal à dormir dans les cabines. Presque une nuit blanche.
 
Dimanche 23 Août,
 on débarque à 7h30. Direction Chamonix. Je traverserai les départements de l’Isère, de la Savoie et enfin celui de la Haute Savoie.
Beaucoup de noms jalonnent la route durant  ce voyage en voiture : le Musée -Mémorial des enfants d’Izieu, les massifs de la Chartreuse ou des Bauges, celui  des  Aravis si typique, Cluses…….
Le grand viaduc qui amène à Cham’ est toujours aussi impressionnant. Après les Houches, j’arrive à destination ; il est trois heures de l’après midi. Il y a beaucoup de monde en  ville, aussi bien des amoureux de la marche ou de la montagne, que des touristes qui déambulent dans les rues.
J’appelle Catherine pour lui dire que je suis arrivé.
Je logerai dans un petit hôtel, situé sur la route du Bouchet. Cet hôtel s’appelle l’Arveyron ;  il est un peu en dehors du centre ville, mais il est confortable et surtout  pas trop cher.
Je me rends  dans le centre ville pour récupérer mon piolet. Je reviens à l’hôtel vers 18 h.
Je prépare mon sac à dos pour demain. Lundi, premier jour, nous irons cramponner sur la mer de glace avec le train   à crémaillère du Montenvers, qui « grimpe » jusqu’à une altitude de  1913 m.
Je prends mon repas à l’hôtel. Le restaurant est complet avec surtout une clientèle de personnes d’un certain âge.
Il est bientôt 22h, je vais me coucher ; le rendez-vous  est fixé demain à 8h30 à la maison des guides.
 
Lundi 24 Août.
 
Lever 6h20. Le petit déjeuner est copieux dans cet hôtel.  Je pars sac à dos ; il est 7h30. Je marche sur le « chemin des cristalliers » jusqu’à la gare SNCF. Sur ma gauche, tout en haut dans un ciel déjà bien clair, j’aperçois les aiguilles de Chamonix, l’aiguille du Midi, le dôme du Goûter, l’éperon où se trouve l’abri  Vallot, puis le Mont Blanc  et plus bas les deux glaciers au dessus de Chamonix : les Bossons et le Taconnaz, moins étendu. C’est le début, j’espère, d’une belle aventure en haute montagne.
 
8h30, Maison de la Montagne, tout le monde est là, une dizaine d’alpinistes pour l’ascension du Mont blanc, deux guides de la compagnie nous accompagnerons aujourd’hui. Cinq jours de haute montagne nous attendent. Je récupère mon baudrier, mon casque.
Direction la gare du Montenvers  avec les autre stagiaires et montée jusqu’à la mer de glace dans la vallée blanche. C’est toujours agréable de prendre ce train si typique qui grimpe lentement mais sûrement.
On avance au milieu d’une forêt de mélèzes. Je reconnais l’hôtel de l’Arveyron tout en bas. Je discute un peu avec les autres,  d’où ils viennent, ......
La journée est magnifique, un ciel bleu ; aucun nuage dans le ciel. Il n’y a pas encore beaucoup de monde  à la gare du Montenvers.
Nous  enfilons  notre  baudrier, on met le casque. Une dure descente  nous attend sur des échelles presque verticales le long de parois rocheuses. Je les ai déjà gravi il y a deux ans pour un stage « Premier 4000 ». J’ai demandé à un guide de descendre avec lui en cordée pour plus de sécurité. Les autres descendent libres. La descente se fait en trois paliers, avec les échelles ou l’utilisation de barres métalliques horizontales pour se déplacer sur la paroi.
En bas sur le glacier, peu de glace au départ en réalité- la mer de glace recule depuis plusieurs années - une grande moraine  s’est formée et beaucoup de pierres recouvrent la fin du glacier. Nous marchons une trentaine de minutes - entre temps on a chaussé les crampons  et mis nos gants - pour trouver enfin de la vraie glace et un champ glaciaire  pour apprendre à cramponner en toutes circonstances sur un glacier.
Je fais beaucoup d’efforts pour profiter au maximum de ces instants d’apprentissage. C’est dur de descendre sur une pente forte, verglacée, en contrôlant en permanence sa vitesse,  même avec des crampons bien accrochés à la glace et le corps en appui sur le piolet.
Il y de nombreux alpinistes, beaucoup d’étrangers qui s’affairent sur les versants du glacier , des cordes qui  pendent , des gens qui peinent avec leur piolet pour gravir des pentes blanches peu engageantes. C’est une population très masculine ; dans notre groupe il y a seulement deux femmes.
Le panorama est majestueux, tout en haut à droite la dent du géant légèrement inclinée , et puis les Grandes Jorasses, sans oublier l’aiguille des Drus, la Verte.
12h30, pique-nique, il fait très chaud. Toujours autant de monde autour de nous, des militaires aussi je crois avec leurs polaires blanches. Nous sommes tous  là pour apprendre avant de passer aux  choses sérieuses, les glaciers, les ascensions.
Après le repas, on continue, cette fois-ci sur des parois plus pentues, assurés par une corde. Il faut savoir descendre un glacier, un névé, avancer à l’horizontale avec un mouvement bien particulier des pieds, affronter un petit mur vertical, grimper  face au glacier, etc. Des techniques essentielles pour plus tard.
A  14h30, on repart vers la gare de Montenvers. Il faudra passer  par un chemin différent de celui de la descente, remonter par les échelles, avec cette fois-ci une via ferrata  plus importante, des dizaines de mètres ou il faut se tenir à une barre  pour avancer plus ou moins horizontalement sur la paroi rocheuse, peu de place pour placer le pied ; je trouve le retour plus délicat que l’aller. Cette fois-ci je grimpe sans l’assurance d’être en cordée  avec un guide et je fais très attention, toujours un peu cette peur lorsque je suis trop exposé.
       16 heures, retour avec le train à crémaillère jusqu’à Chamonix.
A l’arrivée on nous indique le nom de la personne qui sera avec nous pour les prochains jours et pour l’ascension. Je serai en binôme avec un autre montagnard, Jean, qui arrive du Québec,  de la ville de Montréal. Jean est expert comptable et il est un peu moins âgé que moi, il a 49 ans. Moi j’aurai bientôt 56 ans.
Je retourne rapidement à l’hôtel, on crève de chaleur.
A  18h, on a rendez-vous  à  la maison de la montagne pour faire connaissance avec notre guide.
Notre guide s’appelle Tony. Très jeune. Un sportif de haut niveau.  Il nous informe que la sortie neige de demain se fera sur le glacier du géant.
Il faudra prendre le téléphérique jusqu’à l’aiguille du Midi (3800m).
Retour à l’hôtel.  Je prends mon repas dans la salle de restaurant. Je ne traîne pas trop.
Il est tard, près de 22 heures. Je commence à avoir sommeil. Mon sac est prêt pour demain.
 Je vais me coucher, on s’est beaucoup dépensé aujourd’hui, on a souffert aussi de la chaleur.
 

 

Mardi 25  Août.

Je me lève tôt. Je prends mon petit déjeuner, toujours copieux, c’est important pour la journée qui nous attend encore.
Dans la nuit il y a eu beaucoup de tonnerre et la question  me trottait  dans la tête : que décidera le guide  pour aujourd’hui ?
Nous sommes tous les trois à l’heure  devant la gare de départ du téléphérique du midi. Dans la nuit un peu de neige est tombée au-dessus de 3500 m, la première benne ne partira qu’à 9h. Ils doivent déneiger là haut à 3800 m d’altitude. Le ciel est gris, le temps très humide.
Nous garderons le programme prévu pour la journée : acclimatation à l’altitude, marche sur glacier blanc, escalade sur rochers. Tony nous donne notre sachet repas pour la journée.
Arrivée vers 9h20 tout là haut à l’aiguille du Midi. Il y a toujours un changement de benne  au plan du Midi .On s’équipe dans le couloir humide qui mène au départ de la vallée blanche: casque, crampons, piolet, lunettes de glacier. J’avais enfilé le baudrier avant de prendre la benne. On est tous les trois  en cordée.
La descente vers le col du Midi commence, dangereuse car très étroite et très exposée. Ne pas glisser, avancer lentement, ne pas regarder ni à gauche, ni à droite. Une attention intense. C’est Jean qui est le premier de cordée, moi au milieu et Tony le guide en dernier. Le temps pour descendre semble long  et  l’effort, la crainte aussi du vide  fatiguent.


 

Le ciel  est couvert de nuages ; deux à trois centimètres de neige sont tombés durant la nuit. Il fait une température de deux ou trois degrés. Pas trop froid.
Enfin un passage plus facile  en contrebas du col du Midi. Tony est passé devant, on avance sur un terrain moins dur,  mais il faut faire très attention aux crevasses, certaines visibles, d’autres non.

 


 
         La distance de la corde entre chaque marcheur a été augmentée, surtout entre  Tony et moi.
On découvre le refuge des cosmiques (refuge tenu par la compagnie des guides de Cham), très beau, construit en utilisant le bois comme matériau principal. Il est perché sur un massif rocheux au pied du Mont Blanc du Tacul, dont on distingue le sommet sans difficulté.
Le refuge des cosmiques est le point de départ pour ceux qui désirent faire les trois sommets du Mont Blanc : le Mont blanc du Tacul, le Mont Maudit et le Mont blanc.
Tony nous indique qu’on fera l’ascension  de la Pointe Lachenal, 3500 m d’altitude. D’autres efforts nous attendent, il faudra gravir les pentes verglacées de la Pointe  et  affronter l’escalade sur rocher.
Une première difficulté, franchir une face verglacée, à 40 degrés. On commence l’ascension, le sol est verglacé mais enneigé au départ. J’essaye d’appliquer au mieux les acquis de la veille. Le guide  nous donne chaque fois  les consignes de sécurité.
Malgré cela, sur un pont de neige, lors de ce  début de montée, je vais me trouver en difficulté puisque je vais m’enfoncer dans une crevasse. Mais le guide devant moi me retiendra sans trop de problème et avec mon piolet j’en sortirai indemne, une première grosse émotion. La règle est de maintenir la corde bien raide entre deux partenaires.
 
Puis l’ascension devient plus difficile, peu de neige et rien que de la glace. Je me rends compte que cela devient compliqué. On du mal. Le guide va nous sécuriser en avançant tout seul sur la pente et en fixant la corde plus haut à l’aide d’une broche vissée dans la glace. Là aussi le maximum de sécurité à respecter pour que la broche ne lâche pas. Tony nettoie bien la glace avec son piolet et visse au maximum la broche.
Vingt mètres  de corde  que le guide tire doucement vers lui et nous en- dessous, cherchant le bon appui avec les crampons, le piolet. Malgré cela la montée reste  dure, dangereuse. Beaucoup de douleurs aux chevilles qui souffrent, les crampons devant chaque fois être enfoncés en appuyant bien sur les chaussures, mais on n’est plus en terrain plat, c’est très pentu et énormément glissant. On arrive à sa hauteur, il repart pour fixer une autre broche plus haut. Nous restons collés à la pente, notre sécurité ne dépend plus que de nous. Je dois dévisser la broche, l’accrocher à mon mousqueton avant de repartir.
          Une première crête est atteinte, on avance en montant sur une autre crête étroite, le vide de part et d’autre, moi qui ai le vertige je suis servi. On bifurque vers un petit replat à gauche ; on fera une courte pause ici, le temps de  récupérer et de boire un peu.  Tony montre plus bas, au pied du pic rocheux où nous nous trouvons, le début de la descente en ski dans la vallée blanche. Grandiose vu d’ici.
On repart, commence maintenant l’escalade sur rochers pour atteindre le sommet de la Pointe Lachenal. Les crampons adhèrent parfaitement sur la roche. Ils grincent lorsqu’ils accrochent le rocher.  On continue à grimper, à s’élever .Les derniers rochers à franchir, je ne suis pas trop à l’aise, car on est exposé au vide. Tony est devant. Il assure notre sécurité. On atteint le sommet, un regard aux alentours, tout est hostile à l’homme ici. Deux minutes pour se reposer, grignoter un gâteau, boire. Il y a des alpinistes en face, j’entends leurs voix mais je ne les vois pas.
Le chemin du retour est le même que celui de l’aller. Il faut redescendre sur les rochers, toujours exposés.
La descente sur la paroi verglacée sera longue, le même principe est appliqué. Une corde nous retenant fixée au-dessus de nous. Nous descendons Jean et moi jusqu’à la longueur maximale   avec le guide qui contrôle  en permanence l’allongement de la corde. Puis arrêt, nous appliquons les consignes en nous assurant avec notre piolet, collés à la paroi, surtout ne rien lâcher dans ces instants. Le guide nous rejoint, replante la  broche et on repart.
On retrouve la route allant vers le refuge des Cosmiques.  Puis commence la montée vers l’aiguille du Midi. Elle sera longue, fatigante. Une attention maximale sur les passages étroits des crêtes. Je lèverai rarement la tête. Mon regard ne quitte pas mes pieds, où dois-je  les poser pour ne pas glisser. Je m’appuie sur mon piolet pour rendre la montée un peu moins fatigante. Quand arrivera-t’on ?
Ouf, je lève  la tête et devant moi, oh joie ! J’aperçois l’entrée du tunnel de l’aiguille. Quel soulagement !
On retire nos crampons. Il est 14 heures.
On se change dans une salle d’attente. Il fait bon. Il n’y a pas grand monde car  le temps n’est pas très beau  pour les touristes. Je casse la croûte avec Jean. Nous sommes assez satisfaits de notre journée. Le guide part rapidement. Il nous donne comme consigne de rester un bon moment à  l’aiguille du Midi ; c’est nécessaire pour l’acclimatation à la haute montagne.
On retrouve Chamonix  vers 16h. Il pleut en ville.
Retour à l’hôtel. Cette  fois-ci j’avais laissé ma voiture garée près de la gare du Montenvers. Je mets moins de temps pour rentrer.
Arrivé à l’hôtel, j’appelle Catherine et Pauline pour leur donner de mes nouvelles. Elles prennent l’avion demain  vers 18h pour rejoindre Paris.  Les vacances d’été se terminent. Pour moi peu de répit jusqu’à vendredi, il faut que je tienne le coup physiquement et mentalement.
Le guide m’appelle à 19h. Demain le temps est à peu près le même. On remontera à l’aiguille du Midi. Soit on fera une arête au dessus du refuge des cosmiques, soit une partie de la vallée blanche sur le glacier des géants.
Il est un  peu plus de 21h, j’arrête mon journal pour ce soir, je prépare mon sac et je me couche ; j’ai sommeil.
 

 

MERCREDI 26 AOUT.
Que de crevasses, que d’hostilité !

 
Debout à 6H30. Petit déjeuner dans la salle du restaurant, café chaud, jus d’orange, pain, beurre, confiture, viennoiseries.
Le rendez-vous est pour 8h30, toujours au départ du  téléphérique de l’Aiguille du Midi. Nous sommes tous  là à l’heure fixée.
Le temps est gris mais moins agité qu’hier. Beaucoup de groupes du stage Mont Blanc se trouvent dans la même benne que nous ; chaque binôme avec son guide.  Arrêt habituel au plan du Midi (2300 m), le temps de prendre une photo, changement de benne et  arrivée au sommet de l’aiguille.
Nous reprenons la même descente vers la vallée blanche. Je commence à m’habituer à cette partie du parcours avec ses successions  d’arêtes, ses pentes accentuées donc glissantes. Aucune envie d’admirer le paysage, mon regard  reste obstinément fixé sur  les traces à suivre. Je sais que  le Glacier du Géant  se trouve là,  sur ma droite. Nous en traverserons une partie ce matin.
J’ai un peu moins d’appréhension, de plus il est tombé de la neige durant la nuit et on descend plus facilement. C’est beau la neige fraîche au mois d’Août !
Aujourd’hui notre journée est  une sortie glaciaire dans la vallée blanche     : aller vers la gare Helbronner (à une altitude de 3450 m); puis  rejoindre (la récompense après les émotions) par les œufs  l’aiguille du  Midi (30 minutes de survol de l’immensité  blanche,  des glaciers et des terribles crevasses, des sommets)
Nous repassons en dessous du refuge des cosmiques  et bifurquons sur la gauche. Malgré la descente, c’est le guide qui est devant. Entre lui et moi, une bonne dizaine de mètres de longueur de  corde tendue, Jean est à trois ou quatre mètres  derrière  moi.
Nous avons quitté la trace dans la neige, nous avançons sur le glacier, le blanc autour de nous. L’endroit est un grand plateau, assez plat.
Le guide nous demande de rester extrêmement attentifs, les crevasses sont là, visibles parfois, mais pas toujours. Tony s’arrête souvent, avec son piolet il s’assure que l’endroit est sécurisé ; peut-on enjamber la crevasse  en toute sécurité ?
Sur notre gauche, un énorme rocher en forme de toit, le Rognon, c’est le seul  point d’ancrage des câbles tractant  les cabines (les œufs) entre l’aiguille du Midi et la gare d’Helbronner.
Après un cheminement en légère descente, on bascule et on descend sur une première pente beaucoup plus forte, parsemée de grandes crevasses. Toujours impressionnant de les voir de si près. Devant nous, en voici une,  presque fermée, très longue.  Il faut  franchir cet obstacle sans dommage. Je m’approche du bord doucement, ça glisse.  Lentement je descends sur le  petit escalier  que le guide a tracé et  je me trouve juste au dessus de la crevasse. Je suis en équilibre instable et pas du tout à l’aise. La prochaine trace laissée par le guide est à un mètre plus bas. Je dois essayer de l’atteindre  pour éviter le pont de neige.  Jean est derrière moi, il attend, ne dit rien.
J’hésite et au lieu  d’essayer  d’allonger au maximum ma jambe  pour que mon pied puisse se poser  sur la trace  - parce que je vois que je ne pourrai pas mettre mes crampons dessus -  je vais tenter de sauter au delà du pont. Je ne réussis pas mon saut  car je chute après ma réception. Rien de grave, mais le guide lancera une gueulante ; on ne doit jamais avoir de gestes  brusques quand on avance en cordée et il faut  suivre scrupuleusement ses traces, ses consignes.  En réalité,  même en effectuant ce saut, mon point de chute se trouvait  encore   sur le pont de neige ; il y avait danger pour la cordée. Je regrette au fond de moi cette hésitation ; ma décision de sauter pour éviter le pont de neige était une erreur. Mais en même temps il m’était impossible de faire  exactement ce qu’il exigeait  face à cette difficulté.
On va passer au milieu  d’énormes  crevasses, les enjamber sur des passages en escaliers, verglacés et peu engageants. Plus hostile qu’ici tu meurs !
Ce fut la partie la plus difficile de la journée. Le guide avance devant nous, je le sens craintif lui aussi ; il essaye en permanence de trouver un endroit où il est déjà lui en sécurité et d’où il pourrait nous sortir d’une mauvaise situation. Je dois absolument suivre  ses traces, mais  parfois Tony disparaît au détour d’un obstacle, je  ne dois pas me tromper, pour moi, pour Jean.
 Plus loin dans notre avancée, sur un petit pont de neige, alors que l’essentiel des difficultés sont derrière nous, (et cette fois-ci je ne commets aucune faute technique) en mettant exactement le pied  sur la trace laissée par le guide, le pont s’effondre
         Je m’enfonce, surpris,  mais je suis arrêté dans ma chute rapidement car, je le saurai après,  Jean derrière  a  réagi immédiatement, il a planté son piolet et me retient.  Le guide ne bouge pas, sécurité oblige,  il me demande de sortir seul de la crevasse. J’arrive à remonter, enfoncé dans la neige,  à l’aide de mon piolet ; cette fois-ci le guide ne dit rien.
La journée devient dure pour moi, il est temps que ça finisse.
Les difficultés au niveau danger sont finies.
Nous entreprenons la remontée vers la gare d’Helbronner.
Une montée longue, pas trop difficile mais fatigante, dans le brouillard. L’énorme rocher est en face de nous. Nous n’allons quand même pas le gravir ? Non,  on contourne le sommet d’Helbronner sur sa gauche. Enfin on voit l’escalier métallique qui mène au bâtiment ; je respire, heureux d’en finir avec cette journée pleine  de dangers et d’émotions. Ici nous sommes en Italie.
Nous achetons notre ticket, nous voilà installés dans les œufs, direction l’Aiguille du Midi. Le paysage en dessous est magnifique, couleur grisâtre. D’énormes crevasses   parsèment le glacier. Le lieu est encore plus hostile vu d’en haut. On découvre la mer de glace qui descend jusqu’au Montenvers ; un petit lac d’une eau verdâtre  au milieu du glacier. La traversée dure trente minutes. On en profite pour prendre des photos, moi avec mon appareil jetable. Seront-elles belles ? Voici  le refuge des cosmiques, le Mont Blanc du Tacul tout près, l’Aiguille du Midi est proche.
 Le guide nous indique précisément ce que nous devons mettre dans le sac  demain.
Il est  13 h, on arrive  au sommet de l’aiguille du Midi.
Nous prenons notre casse croûte, mais je me change avant pour ne pas prendre froid. Tony le guide lui est descendu directement sur Cham.
Vers 14h, nous descendons aussi. Je rentre directement à l’hôtel. Toujours beaucoup de monde à Chamonix. L’épreuve de la course ultra Trail s’approche, prévue pour Vendredi à 18h30
Le rendez-vous est  pour demain matin à 7h45 devant l’office du tourisme.
Il est maintenant  22 heures, Catherine et Pauline viennent de m’appeler ; elles sont bien rentrées à Maisons Alfort. Je me couche en espérant dormir un peu.
 
JEUDI  27 AOUT.
 
Vais-je réussir l’ascension, verrai-je le jour se lever au sommet du Mont Blanc Vendredi matin ?
 
Réveil à 6h du matin. On m’a préparé un plateau déjeuner  à l’hôtel, café, pain et confiture, pas de jus d’orange pour éviter tout problème intestinal.
On  a rendez-vous avec Tony à 7h45 devant l’office du tourisme. Comme toujours je suis en avance, il est 7h 15 et j’ai le temps de boire un café dans un bar de la place. J’adore ces moments-là. Il n’y a pas  grand monde.
Aujourd’hui et demain sont deux grands jours, l’ascension du Mont Blanc, il faut que je la réussisse et je peux le faire. J’en suis persuadé. Le temps est beau sur Chamonix ; là haut du côté du Mont Blanc, le ciel est clair. La météo que je consulte une dernière fois à la maison des guides est très optimiste pour Jeudi et Vendredi, pas de vent prévu au sommet, donc moins de froid  aussi.
Concernant la préparation à l’effort physique  qui m’attend, mardi soir et mercredi soir j’ai demandé qu’on me serve une grande assiette de pattes.
Mon sac d’alpinisme est bleu, il est près de moi, bien rempli, trop peut-être, c’est un sac de 30 L. A l’intérieur  il y a l’essentiel  de ce que je dois amener pour ces deux jours, deux litres et demi d’eau pour cette première journée d’approche, le casque jaune, les crampons, le baudrier, le piolet, le bâton de marche et des vêtements chauds, la frontale, des encas.
Ce poids du sac est important ; j’aurai aimé  qu’il soit plus léger et je vais souffrir dans la montée au refuge du Goûter.
Tony et Jean  sont à l’heure.     Tony nous donne nos deux sachets de nourriture pour les deux jours à venir. Encore du poids supplémentaire pour mon sac et mon dos.
On part en voiture jusqu’aux Houches. Un petit quart d’heure de route, nous voilà arrivés à la gare du téléphérique.
Une quinzaine  de minutes de montée dans la cabine pour atteindre le col de Bellevue. J’imagine le monde qu’il doit y avoir ici au moment des vacances d’hiver !
Dans la cabine, des alpinistes comme nous, mais aussi quelques randonneurs qui veulent prendre le train du nid d’aigle.
Du col de Bellevue (1500 m), un petit chemin descend jusqu’à une petite gare (un petit chalet en bois) : la petite gare où nous attendons l’arrivée du petit train du nid d’aigle parti de St Gervais. Les alpinistes présents ont tous pour objectif l’ascension du Mont Blanc par la voie normale : Refuge du Goûter  (3808 m) – le dôme du Goûter – l’abri Vallot - les  arêtes des bosses – le sommet sur une dernière arête sommitale horizontale.
Le petit train arrive, il n’avance pas trop vite, il y a déjà du monde à l’intérieur.
On s’installe, au milieu des sacs à dos, mais j’arrive à trouver une place assise. On en profite pour regarder le paysage en bas dans la vallée. Vingt minutes  pour  atteindre le nid d’aigle (2300 m).  Nous arrivons  vers 9 h. Le temps est un peu frais, nous sommes  tout de suite dans l’ambiance haute montagne, le chemin débute là tout près de l’arrivée du train. Tony est pressé, peu de temps pour se préparer, on montera pour l’instant sans être en cordée et sans le casque.
C’est un chemin rocailleux qui commence et qui grimpe en lacets, pas de difficultés, beaucoup de monde se trouve sur le chemin.
On arrive à un petit replat. Le chemin devient plus pentu, plus accidenté, il faut faire attention, il y a quelques câbles  pour se tenir, mais il n’y a pas vraiment de danger. Le sentier est parfois rocailleux ou en terre.  Il y a des alpinistes qui descendent du Goûter ou du sommet du Mont Blanc.
Nous rencontrons un couple qui était avec nous lundi et qui a fait le sommet ce matin, ils ont l’air en forme, heureux évidemment.
On arrive au bout de deux heures à la hauteur du refuge de Tête Rousse qu’on aperçoit perché sur notre droite, il est tout neuf, pas très grand.  Sur notre chemin, une tente orange est plantée, une personne est là, elle  informe les alpinistes qui montent sur les dangers, les risques  qui les attendent, sur les places au refuge du Goûter.
Nous chaussons les crampons, on met le casque et on est en cordée maintenant.
Il faut traverser une pente verglacée mais pas trop pentue.      Le fait d’avoir mis les crampons nous permet d’avancer assez vite.
Plus loin, la pente traversée, on retire les crampons.
On attaque maintenant la partie la plus dure de la montée jusqu’au refuge du Goûter.
On commence à grimper, on s’approche de la dernière difficulté, l’éperon rocheux qui mène au refuge. Cet éperon est au pied de l’aiguille du Goûter où est niché le refuge, on le voit au-dessus de nous, il va falloir y arriver.
Mais voilà que nous arrivons a un endroit délicat : à l’abri des chutes de pierre, le guide nous explique que nous allons traverser  le « grand couloir »,  réputé dangereux. Il y a une centaine de mètres à parcourir  horizontalement et très vite, sans s’arrêter.
L’endroit est surnommé le « couloir de la mort », des rochers dévalent la pente  à une vitesse folle, peu de moyens pour prévenir, parfois les alpinistes qui se trouvent au-dessus, près du couloir, sifflent pour indiquer qu’il y a danger.
Le guide donne le signal du départ, il est devant, il n’est pas content ; il faut aller plus vite nous crie-t-il. Pourtant j’ai l’impression qu’on aurait du mal à courir  plus vite  avec nos sacs à dos.
Ouf, on est passé, de nouveau à l’abri des chutes de pierre.
Nous commençons à attaquer vraiment l’éperon, une pente à 60 °, de l’escalade, niveau parfois 2 sup., la roche  est assez sèche au début.
C’est rude car en permanence on grimpe, dur pour les quadriceps, c’est un escalier à gravir,  mais les marches n’ont pas la même hauteur. Parfois je grimpe avec  des méthodes pas toujours orthodoxes, mais il faut passer l’obstacle. Il  y a de temps en temps un peu de neige, la roche est verglacée à certains endroits
On croise  aussi d’autres alpinistes qui descendent, il faut donc  attendre, laisser passer.
La dernière partie est totalement protégée par des câbles pour plus de sécurité.
Il faut s’accrocher, c’est fatigant, d’autant plus que je suis obligé de lever constamment la tête pour appréhender les obstacles et que je vois en permanence le refuge en haut qui se rapproche si lentement. Moi qui ai  pris l’habitude dans les dures montées de ne pas lever la tête pour ne pas me décourager, ici je suis servi. Enfin un dernier obstacle, la passerelle menant au refuge est là, le temps est un peu moins beau, du brouillard arrive d’en bas. Il ne fait plus tellement chaud, il ne faut pas prendre froid.
Vers 13 heures, c’est l’heure d’arrivée. Quatre heures pour atteindre le refuge à partir du nid d’aigle. Combien pour gravir l’éperon rocheux, une heure trente  peut-être.
On est fatigué, c’est sûr.  1500 m de dénivelé ont été avalés. Pas mal en 4 h de temps, le refuge lui est à 3850 m d’altitude.  Un petit chemin protégé par des barrières mène à l’entrée du refuge. Il faut être prudent même ici.
On entre dans une première salle un peu humide, on retire nos chaussures, notre baudrier, le casque, on chausse des  sabots en plastique. On attend Tony qui est parti  réserver les places dans le dortoir pour nous deux.
On rejoint le dortoir avec notre sac à dos, pour l‘instant peu de monde.
Les consignes sont simples, manger quelque chose, se changer et faire une sieste.
Tony revient pour nous informer que nous soupons à 18h.
Un petit tour aux toilettes à l’extérieur, une passerelle métallique pour y aller, en dessous le vide. Pas très propre, bon on n’est pas à l’hôtel, faut s’y faire.
Il est presque 16 h lorsque enfin je m’allonge pour me reposer.
 Depuis notre arrivée, le dortoir s’est rempli, maintenant des sacs, des objets, des casiers remplis d’affaires personnelles  traînent de partout, on se déplace difficilement à l’intérieur. Il y a au moins une vingtaine d’alpinistes dans cet espace, il ne fait plus froid. Les gens ont l’air plutôt sympas. Des  groupes d’étrangers qui discutent. Certains dorment profondément. Avant de me coucher je suis allé acheter une bouteille d’eau pour remplir ma gourde, je pense déjà à demain.
J’enfile ma gourde dans une chaussette de laine et je la mets ensuite dans un sac en plastique, pour éviter que l’eau gèle demain matin lors de l’ascension
Allez dodo ou repos plutôt durant une  heure.
 
Vers 17h je me lève et je prépare mon sac. Je dois emmener le strict minimum – deux litres et demi d’eau – des encas – les crampons – le baudrier- le piolet- un bâton de marche – la frontale , un tricot  de rechange, une polaire.  Je range soigneusement les affaires  (sous vêtement chaud, caleçon pour le froid, mon sur-pantalon, ma veste technique, une polaire fine, un bonnet bien chaud pour  protéger ma tête, mes oreilles) que j’enfilerai au réveil pour l’ascension.
On rejoint la  salle de restauration avec Jean à 18h.
Nous aurons la chance de souper tous les trois (avec Tony) assis autour d’une petite table. Ça grouille de monde.
Une bonne soupe est servie, un peu claire quand même, de la viande  avec de la semoule, un  gâteau  et surtout de l’eau, il faut bien s’hydrater le soir.
Une anecdote : un des membres du groupe, assez jeune, qui était avec nous lundi, parti avec son guide ce matin des Houches à la même heure que nous (vers 8h) arrive vers 18h30.
C’est fort ce qu’ils ont réalisé. Ils ont fait directement l’ascension du sommet du Mont Blanc dans la foulée. 2500 m de dénivelé  positif, à cette altitude, bravo !
Il a l’air épuisé, le guide aussi. Ils passent la nuit au refuge et redescendront demain de bonne heure pendant que nous, nous gravirons les pentes du Mont Blanc.
On quitte la salle vers  19h.
Les dernières consignes de Tony, être prêt à 2h30 du matin, il nous souhaite une bonne nuit et nous encourage fortement pour demain. Sympa de sa part.  Comme dans tout refuge, les guides dorment dans une salle spécifique.
 A vingt  heures nous sommes couchés. J’ai pris un cachet pour  pouvoir dormir, un « endormisseur » qui fait effet pendant 6 heures. Le guide Tony m’a conseillé de le prendre. Je m’endors effectivement très vite. Malheureusement dans la nuit, peut-être vers  minuit, Jean me secoue un peu, à priori je ronflais et lui n’arrivait pas à trouver le sommeil.
Je ne dormirais plus vraiment -tout en étant  bien détendu, au chaud sous mes deux couvertures, l’effet du cachet  sûrement -  jusqu’à 2h.
 

 

VENDREDI  28 AOUT.         Le sommet !    4808 m.

 
Je me lève vers  1h50, en avance. Les autres autour de moi se réveillent. Je ne suis pas fatigué, je me sens  en forme ; je m’habille très rapidement, je mets aussi mes chaussures. Tony nous avait dit de les monter dans le dortoir (elles ont ainsi pu sécher durant la nuit et c’est plus agréable de mettre des grosses chaussures qui ne sont plus mouillées). J’ai déjà  enfilé le baudrier pour ne pas perdre de temps.
Tony est déjà monté pour voir si nous sommes prêts.
On déjeune à 2h15. Café, biscottes, confiture. Je dois prendre aussi mes médicaments. Il y a du monde, des alpinistes  à demi réveillés, peu de bruit. On remonte chercher notre sac. Toujours en étant le plus rapide possible, ne pas perdre de temps nous dit le guide.
On sort dans la nuit, il faut mettre  les crampons, poser pour cela les genoux au sol pour aller plus vite. La frontale est allumée évidemment, Tony fixe la corde à nos mousquetons.
On est prêt, il est 2h40, nous quittons le refuge. C’est ce matin ou jamais !
Durant ces 4 jours, j’ai fait beaucoup d’efforts,  bien écouté, bien travaillé, je me suis donné à fond. J’ai beaucoup pris sur moi lors des moments difficiles,  il reste l’effort physique  le plus important à faire, je dois réussir, le temps est avec nous. Le ciel est beau et  étoilé, les lumières brillent en bas dans la vallée, sûrement la ville de Chamonix. Il ne fait pas trop froid.
C’est parti pour l’ascension. La lampe éclaire très bien dans la nuit. Quelques mètres en montée dans la neige dure jusqu’à une arête longue, vallonnée, la pente n’est pas trop forte. Nous voilà au-dessus du refuge. Après dix  minutes de marche, nous longeons  cinq ou six tentes d’alpinistes qui ont dormi dehors, ils se préparent eux aussi pour l’ascension, c’est moins facile de se préparer ainsi  à 3800 m d’altitude !
 Nous marchons un certain temps sur le passage étroit de l’arête, sur une neige déjà piétinée , toujours le vide autour  de nous , mais c’est moins impressionnant, d’autant plus qu’il fait nuit noire. On avance assez vite.
Un dernier replat, on attaque la montée du dôme du Goûter.  Ma frontale m’ouvre bien le chemin ; on monte en lacets, lentement pour ne pas s’essouffler. C’est ardu, il faut appuyer ses crampons en permanence sur la neige,  pour ne pas glisser, se servir du piolet en amont. La pente est prononcée, surtout ne pas tomber. C’est risqué pour moi mais aussi pour les deux autres de la cordée. C’est Tony qui est 1er de cordée. Des groupes devant nous nous ralentissent, il faut faire l’effort de passer au-dessus, appliquer la technique apprise.  Ça fait mal aux chevilles. Il est clair qu’un changement de rythme fatigue l’organisme et un dépassement peut durer  cinq à six minutes, tout dépend de la longueur de la cordée qui nous ralentit trop.
Nous croisons un des groupes qui étaient avec nous lundi, les deux frères du Nord et leur guide.
C’est une montée soutenue, pas de pause. Parfois la trace n’est pas excellente. Je jette un regard plus bas, sur les pentes. C’est magique, des petites lumières se déplacent lentement dans la nuit, une procession qui monte vers nous. Plus haut mon regard croise d’autres lumières, est-ce des alpinistes proches du sommet, des étoiles, je ne sais plus trop.
Peu de bruit, le silence est de rigueur en montée, ses forces il faut les mettre au profit de ses  jambes, de ses  muscles, de sa respiration.
L’attention est maximale sur ces pentes du Dôme. Toujours ce pas lent, régulier, qui reste supportable tant qu’il n’y a pas de changement de rythme.
Parfois un petit replat, une minute pour reprendre son souffle, on repart.
Après le Dôme, on arrive sur une pente plus douce, on rejoint l’abri Vallot (4300 m).  Il ne fait plus vraiment nuit. Mais le jour ne s’est pas encore levé.
 Cinq  minutes de pause au pied de l’abri.  Boire,  manger quelque chose (une barre  au chocolat), ranger son bâton dans le sac, ne garder que le piolet. C’est tellement rapide que je n’arrive pas à terminer mon  encas.  Le guide est intraitable avec le temps de pause. Tony laisse un des ses bâtons de marche, caché sous l’abri.
Ce n’est pas toujours facile à accepter, pourquoi on ne reste pas un peu plus longtemps, mais il a plus d’expérience que nous, c’est lui qui décide. Plus on tarde durant les pauses  plus c’est dur pour repartir.
Après l’abri Vallot, il reste encore  cinq cents mètres  de dénivelé à gravir, les plus durs.
Il s’agit de franchir les  « arêtes des  bosses », une montée toujours accentuée, des passages pas toujours bien tracés.
Je ne ressens pas trop les effets de l’altitude, je n’ai pas mal à la tête.
J’espère que Jean aussi tient le coup, on est à deux heures  du sommet.
A nous les dernières arêtes sommitales qui montent vers le sommet !
 Le soleil se lève, éclaire le ciel,  au loin une bande rouge horizontale, lumineuse ; c’est beau, mais ce n’est pas le moment de rêver, il faut rester vigilant.   Le vide aussi,  présent autour de nous, incite à la prudence.
Toujours la même volonté d’avancer, le regard  tourné vers  mes pieds. Ne pas trop lever ma tête  quand je le peux. On éteint les frontales avant  le sommet. Plutôt c’est Tony qui nous les éteint, on est assez fatigué. Une dernière arête à gravir, pentue.
Puis Tony nous dit que l’arrivée est proche. Je me dis que c’est peut-être vrai !
On débouche sur les derniers 100 m. Une ultime distance  à parcourir sur une arête horizontale. Des gens arrivent vers nous, nous croisons là d’autres alpinistes du groupe qui ont atteint déjà le sommet et qui redescendent. « C’est bon, vous êtes arrivés nous disent-ils ».
Des alpinistes  à dix  mètres devant nous, immobiles, un espace plat, ça doit être le sommet !
Il est 6h45, la lumière du jour illumine l’endroit, je suis au rendez vous, un rêve vieux de  plusieurs années  que  j’ai matérialisé.  Nous sommes au sommet du Mont Blanc ! Un endroit mythique pour moi.  Je m’imaginais le sommet   comme un espace très grand, arrondi. Ce n’est pas le cas, mais il y a de la place pour tout le monde, nous ne sommes pas les seuls.
La joie est forte mais je la garde au fond de moi. Des mains se touchent, Tony, Jean, on se félicite. « C’est fort ce qu’on a déjà fait » dit Jean. C’est surtout pas commun, pas donné à tout le monde, un privilège gagné dans la souffrance.
On regarde heureux autour de nous. Une vue à 360 °,  une mer de nuages blancs, un blanc cotonneux,  d’où émergent de nombreux sommets, je reconnais la forme si particulière du Cervin (montagne Suisse).
Il est temps de boire - Tony nous donne mon thermos qui contient de la  boisson  chaude - de grignoter un encas que j’ai du mal à finir,  je n’ai  pas très faim alors qu’on vient d’accomplir de gros efforts, de prendre quelques photos.
Ce petit drapeau Corse enfoui au fond de ma veste technique je peux enfin le sortir avec fierté,  des photos pour immortaliser l’instant, c’est très important pour moi, Tony me photographie,  il faut déjà repartir. Pas  plus de quinze minutes, c’est le temps passé au sommet. 
Je sais que des efforts nous attendent encore, je suis un peu fatigué, mais la tension nerveuse n’est plus la même.
C’est le chemin de retour, d’abord cette première  crête, puis la pente reprend le dessus, on descend plus vite c’est sûr, mais les genoux souffrent aussi.
Deux jours avant l’ascension il a neigé et cela facilite parfois  notre marche ; couper tout droit, sans prendre trop de risques. De plus pour l’instant dans ce secteur en dessous du sommet, il n’ y a pas trop de crevasses.
Nous atteignons l’abri Vallot assez rapidement. Un arrêt pour s’alimenter, la fatigue commence à se faire sentir pour de bon.
Il faut absolument que je mange, je vais me forcer pour cela, je mâche des gâteaux, quelques abricots secs.
L’abri Vallot n’est pas un refuge, situé à 4300m,  il est là pour permettre à des alpinistes en difficulté de se mettre à l’abri, il est équipé de moyens pour appeler les secours. Tony me dit que les gens ne respectent pas l’endroit, surtout les étrangers, et qu’à l’intérieur c’est  très sale.
C’est une bâtisse surélevée, tout est en tôle métallique de couleur grise, pas très grande,
On aperçoit plus haut des alpinistes, taches noires sur les pentes blanches, qui finissent l’ascension. Ils arrivent du refuge des Cosmiques.
On repart, c’est la descente sur le dôme du Goûter, on trace parfois dans la neige, on avance de front tous les trois.  La neige n’est pas trop dure, il faut bien enfoncer les crampons dans le manteau blanc, le talon en premier.
Dans d’autres endroits on fait plus attention, tout droit mais en file indienne, Tony devant, on aperçoit les crevasses. Au loin on distingue bien l’aiguille du Midi, la passerelle  entre les deux pics.
Un dernier replat, on attaque une petite montée, ici l’arête est moins aérienne et on rejoint la longue arête  vallonnée, pas trop dure qui amène au refuge. Il fait jour et je me rends compte que ce matin on passait sur des endroits forts exposés.
Une bonne vingtaine de minutes. On retrouve les tentes de ce matin au-dessus du refuge.
Il est 9h  au moment où j’aperçois en contrebas le refuge du Goûter.  Dire que je suis fatigué, oui je le suis. D’autant plus que nous ne resterons pas longtemps ici.
Il n’ y a pas grand monde, certains  sont déjà sur l’éperon rocheux en train de descendre.
Tony nous « accorde 45 minutes » de récupération. Je trouve ça très court. Aurais je le temps de récupérer un peu ! Pour moi il me faudrait plus de temps.
Je me change dans le dortoir presque vide.
J’enlève le caleçon, le sur-pantalon, j’enfile un pantalon en coton.  Je change de sous vêtements. Je me sens un peu mieux. Il faut refaire le sac, récupérer les affaires qu’on avait laissées dans notre caisse personnelle.
On mange dans la salle, un petit sandwich au jambon, un peu de fromage, une compote qui me fait beaucoup de bien. J’achète une bouteille d’eau.
Le sac à dos est plein, on a quitté  les crampons. Le piolet est rentré aussi.
La descente commence. Nous avons de la chance, peu de gens sont en train d’emprunter l’éperon rocheux en le remontant.
J’ai retrouvé ma forme physique, je me sens bien, je descends facilement.
Le même danger en bas de l’éperon pour traverser ce couloir maudit par les alpinistes, d’autant plus qu’en descendant j’ai vu un rocher filer tout droit dans ce couloir.
Nous atteignons la tente orange, à la hauteur du refuge de Tête Rousse.
On repend la route du retour, un chemin qui descend en lacets  pas trop difficiles.
Jean a mal aux doigts du pied, il souffre à cause des chaussures. Il va tomber sans se faire mal. Tony a compris, il lui prend son sac à dos pour le soulager.
Nous atteignons la dernière partie, le sentier  est  plat, facile.  On avance vite. Je vois une pierre devant moi, je pose mon pied gauche dessus, volontairement pour y prendre appui, je sens immédiatement une douleur au mollet.
Est-ce une déchirure, une contracture ? Pourrais je rejoindre le nid d’aigle ? Je me pose la question, j’ai des doutes .Je sais que je vais aggraver ma déchirure musculaire si je persiste à avancer.
J’ai mal, mais il faut souffrir, continuer à avancer. Il reste une demi heure de marche rapide pour atteindre le nid d’aigle et ne pas rater le petit train, sinon il faut attendre deux heures le prochain. En m’arrêtant trop longtemps, le muscle refroidirait, j’aurai encore plus mal.
Comment je fais pour arriver à marcher vite, l’expérience de la montagne certainement ; parfois on ne ressent même plus la douleur, mais c’est dur.
Tony lui  avance à grands pas, plus bas sur le sentier, il doit acheter les billets. Jean, derrière moi, a du mal aussi, toujours ses douleurs aux doigts.
J’aperçois le restaurant au-dessus du nid d’aigle, nous ne sommes plus loin. Mais je suis persuadé que nous ne pourrons pas prendre le petit train, on va le rater. On attendra, au moins je pourrai me reposer, avoir moins mal au mollet !
On arrive in extremis. Ouf on a juste le temps de rentrer dans le wagon, souffrant de la chaleur car il fait très chaud.
J’arrive à quitter ma veste dans le train bondé. J’ai mal au mollet, je suis debout sans pouvoir bouger, encore un peu de souffrance à supporter, impossible de m’asseoir. Si je pouvais m’asseoir !
         Arrivée au col de Bellevue, la petite route menant à la télécabine est dure pour moi, car j’ai très mal lorsque je marche, surtout lorsque je lève la jambe en montée.
Il est quatorze heures lorsque nous arrivons aux Houches. Il fait très beau, le soleil brille.
Un pot au bar avec d’autres alpinistes que nous connaissons. Les deux anglais, dont un grand gaillard qui a enfin pu réussir l’ascension après deux tentatives  avortées à cause du temps. On rigole bien maintenant assis autour de cette table, la tension est retombée, c’est le bonheur. On est fiers de ces journées  vécues ensemble. Il est temps de se quitter.
On repart tous les trois en voiture jusqu’à  Chamonix.
 Nous avons rendez-vous à 19h à la maison des guides, Tony nous remettra notre certificat d’ascension du Mont Blanc.
Retour à l’hôtel, difficilement car la douleur elle est toujours là, je traîne la jambe.
Une bonne douche, ça fait du bien.
J’appelle Catherine, heureuse d’apprendre que j’ai atteint le sommet et que j’en ai fini sans bobos.
Elle me conseille de rester un jour supplémentaire à Chamonix pour me reposer.
On pourra me donner une nouvelle chambre à l’hôtel, donc pas de problème, je rentrerai Dimanche à Paris.
Retour à la maison des guides, changé, tout propre, mais avec ma douleur  au mollet.
 A 18h30 il y a eu le départ d’une grande course pédestre autour du Mont Blanc, une participation énorme, 2300 à s’élancer, 160 Km à parcourir. Il y a encore un monde fou vers les dix neuf heures.
Tony nous donne notre certificat d’ascension. Cela est très sérieux. J’apprécie cet instant, avec Jean on a réussi ensemble un exploit, chacun a su jouer son rôle et chacun a fait en sorte que l’on puisse réussir.
Tout le monde se quitte, j’ai remis mon baudrier, mon casque à la maison des guides.
Je retourne tranquillement à l’hôtel. Le temps est toujours très agréable, il ne fait pas froid. Je rejoins la salle du restaurant vers 19h30. Il y a de la soupe de poisson au menu, très bonne. Ces instants de repos après tant d’efforts, qu’est ce qu’on les apprécient !
Direction ma chambre, vite au lit, m’endormir le plus vite possible.
Je partirai vers Paris le Dimanche, j’en profiterai pour me reposer toute la journée de Samedi.
 
         Quels sont mes sentiments en cette fin d’été !
         Un amour de la montagne toujours aussi vivace. Quel  bonheur de m’être trouvé dans ce monde si  particulier, si beau, mais si hostile ! Ce monde  de la haute montagne  si dur à  atteindre ;  où la joie est toujours contrariée par la peur du vide autour, l’angoisse  face au danger présent. Cette obligation  d’être toujours vigilant- aucun répit n’est accordé-  c’est ce que je retiens le plus de cette expérience.  En Haut, près des sommets, sur les arêtes vertigineuses, il n’y pas de place pour l’inattention.  Même les moments de plaisir les plus intenses sont très courts ; dix ou quinze  minutes au sommet du Mont Blanc c’est si peu comparé à l’effort exigé ! 
         C’est ici au dessus de Chamonix, près des sommets mythiques des Alpes  que je me trouvais,  heureux, si fier. Je suis conscient aussi que ce bonheur qui m’habite sera difficilement compris par tous les gens que j’aime.
          Un joli refuge  vient de  trouver  sa place  au fond de ma mémoire, il  est habité d’images inoubliables. Sur son toit  flotte un petit drapeau corse, une tête de Maure  perdue dans l’immensité blanche du Mont Blanc. Une immensité que j’ai su dompter et qui m’a laissé la quitter.
 


 

Fin de mon Journal.    
 
                            Michel Ristori.
 


 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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